L'intelligence artificielle dans la santé mentale... on en parle ?
- perrinebusier
- 27 janv.
- 3 min de lecture

L’intelligence artificielle s’invite aujourd’hui dans de nombreux champs de la santé, y compris celui de la santé mentale.
Applications de suivi émotionnel, chatbots d’écoute, outils d’auto-évaluation, aides au repérage de symptômes ou propositions de protocoles standardisés : ces dispositifs se multiplient rapidement, portés par la promesse d’un accès facilité à des formes d’accompagnement psychique.
Il serait réducteur et peu rigoureux de rejeter ces outils en bloc.
L’IA peut, dans certains contextes, jouer un rôle de soutien ou d’orientation, elle peut aider à mettre des mots sur une expérience émotionnelle confuse, proposer des repères, faciliter l’accès à des ressources ou amorcer une réflexion personnelle.
Pour certaines personnes, notamment celles qui hésitent à consulter, à se faire accompagner, elle peut constituer un premier pas vers une prise de conscience ou une demande d’aide plus formalisée.
Cependant, la santé mentale ne saurait être assimilée à un traitement de données, à une succession de scores ou à des réponses générées à partir de modèles statistiques. Le travail thérapeutique s’inscrit avant tout dans une relation vivante, singulière, traversée par des affects, des silences, des résistances, des mouvements corporels et des contradictions internes parfois difficiles à formuler. C’est précisément dans ces zones non mesurables, non standardisables, que se joue une part essentielle du processus psychique.
Aucun outil, aussi performant soit-il, ne peut remplacer la présence humaine ni la capacité d’un analyste à percevoir ce qui se manifeste au-delà du discours explicite : une tension corporelle, un affect contenu, un décalage entre le récit et l’expérience vécue, ou encore une répétition relationnelle qui se rejoue dans le lien même de l’accompagnement.
L’intuition clinique ne relève pas d’un calcul algorithmique ; elle se construit dans la durée, à partir de la formation, de l’expérience, de l’engagement éthique et de la qualité de l’écoute.
Dans une approche comme celle que je pratique, l’Analyse Psycho-Organique, le corps, les affects et l’histoire inconsciente sont indissociables. Le travail ne consiste pas uniquement à comprendre ou à analyser, mais à éprouver, à ressentir, à intégrer progressivement ce qui n’a parfois jamais pu l’être.
Ces processus nécessitent un cadre clair et sécurisant, une temporalité respectueuse du rythme de chacun, et une relation suffisamment stable pour permettre l’exploration de vécus complexes, parfois archaïques ou douloureux.
Les risques et les faux-semblants
L’un des principaux risques de l’intelligence artificielle en santé mentale réside dans l’illusion de compréhension : des réponses bien formulées, empathiques en apparence, peuvent donner le sentiment d’être entendu sans que rien ne soit réellement travaillé en profondeur, et c'est là qu'il convient d'être vigilant.
Car cette pseudo-relation peut renforcer l’évitement du lien humain, notamment chez des personnes ayant déjà développé des stratégies de retrait, d’auto-suffisance ou de contrôle émotionnel par exemple.
Un autre enjeu concerne la standardisation de la souffrance psychique.
En proposant des grilles de lecture, des catégories ou des protocoles génériques, l’IA risque de lisser la singularité des vécus et de réduire des expériences complexes à des typologies simplifiées : tout rentrera dans une case. Or, ce qui fait symptôme chez une personne peut avoir une fonction psychique précise, liée à son histoire, à son corps et à ses relations, à chaque symptôme, ses raisons.
Ce sens ne peut émerger que dans une rencontre humaine.
Enfin, la question de la temporalité est centrale.
Le travail psychique ne se plie pas à l’immédiateté : il nécessite du temps, des allers-retours, parfois des résistances, des silences, voire même des moments de stagnation apparente, et c'est ainsi.
Là où l’IA propose souvent des réponses rapides et continues, le processus thérapeutique accepte l’incertitude et l’inachevé comme des éléments constitutifs du changement.
L’intelligence artificielle peut ainsi être envisagée comme un outil complémentaire, à condition de rester claire sur ses limites.
Elle peut informer, soutenir, orienter, mais elle ne peut se substituer à l’expérience humaine de la rencontre thérapeutique. La question n’est donc pas de savoir si l’IA a sa place dans le champ de la santé mentale, mais plutôt "à quelle place ?".
Et surtout, de rester vigilant à ce que la technologie ne devienne pas un moyen d’éviter la rencontre, la relation, là où c’est précisément le lien — vivant, incarné, sécurisant — qui permet un véritable travail de transformation psychique.
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Pour en savoir plus sur le type d'accompagnement que je propose, je vous invite à consulter mes informations de contact.
A bientot,
Perrine Busier
Le Coin Relaxo



